Dans l'ombre

Tous ces hommes pensaient appartenir à un milieu, à une cause commune. Ils croyaient à cette appartenance, à ce spectre sourd qui s’étend en silence, et qui se propage dans les moindres recoins d’une société perdue. Ils pensaient en avoir détourné les règles, et les fondements. Ils pensaient s’être affranchis des normes collectives et des limites autorisées. Ils le pensaient, mais ce n’était pas vraiment le cas. Ils étaient des perdants, comme les autres. Et ils en paieraient le prix fort, le moment venu. Pourtant, chacun construisait son déni, sa singularité, des valeurs aussi autoritaires que fallacieuses. Et ils voyaient les uns et les autres tomber, à la chaîne. Pourtant, ils s’estimaient, chacun, ne pas être totalement concernés. Ils vivaient d’illusions, de mirages. Mais ils en payaient chaque jour et chaque nuit un prix bien supérieur à la moyenne. Leur meilleure amie était l’angoisse, la solitude, l’impossibilité de faire confiance à qui que ce soit, tout en feignant l’indéfectible allégeance à la pyramide dans laquelle il avait cru qu’ils se créeraient une identité. Une réussite. Ce n’était qu’un leurre. Ceux qui croyaient échapper à une forme de vie misérable, une vie de labeur peu considérée, se retrouvaient finalement enchainés dans une organisation qui les broieraient sitôt qu’elle n’en aurait plus besoin.

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